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Monday, July 23, 2012

Bouteflika et Hollande : Il est minuit Docteur Frankenstein

L’Etat algérien et l’Etat français entretiennent les rapports malsains de la créature avec son créateur, quand celui-ci, le créateur, a le visage du Docteur Frankenstein...

Le mensonge est leur lot commun. Car il faut cacher, précisément, ce lien de créature à créateur et, bien sûr, de créateur à créature, ce ballet se dansant à deux, selon une dissymétrie particulièrement riche en sens uniques et en culs-de-sac…

« Cachez ce lien que je ne saurais voir ! » tel semble être le maître-mot d’Abdelaziz Bouteflika à François Hollande (et vice-versa) – représenté ce lundi 16 juillet à Alger par Laurent Fabius – tout affairés, encore et toujours, à masquer la vraie nature du lien qui les unit.

C’est sûr, tous les deux connaissent par cœur leur récitation. Pour la galerie, la « colonie » Algérie (ou, si l’on est plus érudit, les départements) s’est battue unanimement pour son indépendance, et ces rapports perpétuellement tendus entre les deux Etats sont le fruit de l’affrontement initial et fondateur. Ceci explique, nous dit-on, pourquoi la France était persona non grata aux cérémonies du 50e anniversaire de l’indépendance, célébrées il y a quelques jours, à Alger. En réalité, cet entrechat diplomatique vise, en nous refaisant pour la énième fois le coup de la brouille, à mieux cacher les liens de complicité totale, de collusion intime, les petits et les grands secrets, les intérêts communs à la créature et à son créateur…

D’ailleurs, au-delà des bisbilles montées en épingle et des rancœurs en carton pâte, Abdelaziz Bouteflika et François Hollande sont exactement sur la même longueur d’onde sur le chapitre historiographique : avec l’aide du grand prêtre Benjamin Stora (omniprésent sur les deux rives de la Méditerranée pour dispenser la bonne parole en ce cinquantenaire (1)) ils sont bien d’accord pour proclamer très officiellement qu’en 1962, il y a tout juste cinquante ans, la France, enfin lucide car enfin gouvernée par le grand général de Gaulle, s’est rendue à l’évidence d’un divorce inéluctable avec l’Algérie.

Nos deux compères, François et Abdelaziz, savent pourtant parfaitement, mais cela ils ne le disent pas, que le barréso-maurrassien de Gaulle méprisait les Algériens, arabes ou berbères, qu’il appelait indistinctement les « Bougnoules », et avait compris (c’est le cas de le dire…) qu’en leur accordant l’égalité des droits, il métamorphoserait la France. « Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises mais Colombey-les-Deux-Mosquées. », expliquait-il en coulisses. Le bonhomme en ayant au moins autant, bien entendu, au service des « Nègres »…

Alors de Gaulle décida que l’Algérie serait « indépendante », comme le reste des territoires (et surtout des populations…) d’Afrique. Et pour en finir avec les millions de Harkis, d’Algériens francophiles ou pro-français, de Pieds-Noirs qu’il trouvait malencontreusement sur sa route, il s’allia tout simplement avec le FLN. Ainsi les uns furent massacrés en masse, les autres collectivement chassés du pays, toujours avec la bénédiction du Général.

C’est sur cet exode (plus d’un million de personnes sur une population de dix) doublé d’un gigantesque bain de sang (selon les historiens, entre 45.000 et 150.000 morts, peut-être 200.000, voire davantage…), tant de forces vives et de joies perdues, qu’a été fondée l’Algérie contemporaine, avec le FLN placé à sa tête dans le rôle du nettoyeur.

Nation apocalyptique, on le voit, puisque, dans l’esprit de celui qui tirait les ficelles, Charles de Gaulle, l’option FLN permettait de briser définitivement tous les liens humains ou affectifs qui, tôt ou tard, eussent pu reconduire à une fraternité franco-algérienne. C’est-à-dire à une réunification franco-africaine lourde en dangers de métissage (2)...

Désormais brisé, désorganisé, terrorisé, amputé d’une partie de lui-même, ce qui restait du peuple algérien fut soumis à un gigantesque bourrage de crâne par le régime que l’ancien maître avait choisi pour son aptitude à servir une idéologie nationaliste des plus radicales, mais aussi pour son talent à transformer une « indépendance » exaltée ad nauseam en formidable hold-up, avec ce titre accrocheur : main basse sur les hydrocarbures… et sur tout le reste !

Ainsi l’Algérie prétendument souveraine sombra dans la tyrannie et la manipulation surmultipliées, sous l’œil bienveillant du général de Gaulle, orfèvre en ce domaine, fondateur de la glorieuse Ve République bâtie sur le cadavre de l’unité franco-algérienne. Opération réussie, puisqu’il ne viendrait aujourd’hui à l’esprit d’aucun officiel algérien (ou français, ou franco-algérien) d’émettre le moindre doute au sujet de la thèse officielle, comme le fit, par exemple, l’ambassadeur Henri Lopes, à propos des indépendances en Afrique subsaharienne (3).

Alors à un demi-siècle de là, lors d’un tout petit voyage de l’an 2012, à travers Laurent Fabius, François Hollande comme avant lui tous ses prédécesseurs, prétend donner un « nouvel élan » afin de bâtir la réconciliation, tout en continuant, simultanément, de perpétuer les mensonges qui ont permis de tout détruire…

A l’heure où ses plaies, ses mensonges et névroses postcoloniaux menacent de disloquer la France et achèvent de ravager l’Afrique, impossible gageure ou démarche paradoxale ?

Les deux, Docteur Frankenstein, pardon, Monsieur le Président…

 Alexandre Gerbi

(1) http://fusionnisme.blogspot.fr/2012/03/limposture-stora-ou-la-plateforme.html

(2) http://fusionnisme.blogspot.fr/2012/03/lhymen-republicain-recousu-rediff.html

(3) http://fusionnisme.blogspot.fr/2011/01/la-revolution-savance-ou-quand-henri.html

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Saturday, July 21, 2012

Robert Gibbons, docteur ès manipulation scientifique

Dans un post récent sur le blog Mad in America, le journaliste d’investigation Bob Whitaker dénonce les tentatives de manipulation du chercheur Robert Gibbons, qui n’hésite pas à nous faire prendre les vessies pour des lanternes afin de faire la promotion des produits vendus par les laboratoires qui le financent. Quoique le sujet n’a pas un grand intérêt en France, il illustre les méthodes lamentables des sbires de l’industrie pharmaceutique.

Qui est Bob Gibbons ?

Selon son CV, Robert Gibbons dirige le centre pour les statistiques scientifiques de l’université de Chicago. En recherche pharmaceutique, les statistiques scientifiques servent à éliminer l’anecdotique pour déterminer l’effet global et général du médicament. Par exemple, si on commence à prendre un traitement qui provoque comme effet secondaire de voir des wookies au réveil, mais qu’on est la seule patiente sur 100000 à confondre son mari avec une grosse bête poilue (encore que…) cela ne sera pas considéré comme un effet secondaire propre au médicament, mais un phénomène rare résultant d’une interaction entre le médicament et le patient.

 Revenons à notre gibbon. Il a d’abord travaillé à l’université de l’Illinois (basée à Chicago), avant de venir à l’université de Chicago (c’est un peu comme en France, avec les diverses universités parisienne) où son travail a été récompensé de divers prix. Ses recherches ont été régulièrement financées par le NIH, qui n’a pas vocation à enrichir les escrocs, même s’il en est souvent victime.

 En somme, quelqu’un de neutre et très compétent. A moins que…

Des conflits d’intérêts qui surgissent

 En 2004, la Food and Drug Administration (FDA) établit que les antidépresseurs appelés inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ou ISRS, tels que Paxil, Seroplex, Prozac…), provoquent des envies de suicide chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes (le patient a 2 fois plus envie de se suicider). L’agence oblige alors les fabricants à écrire dans un encadré noir (Black Box warning, indiquant une dangerosité maximale) sur l’étiquette et la boîte un avertissement du type « attention, ne pas prescrire à un enfant, même suicidaire, ça pourrait lui donner (encore plus) envie de se suicider ». Gibbons fait alors partie du panel d’experts de la FDA chargé de prendre cette décision… et s’y oppose. En vain, puisque l’avertissement est adopté par 15 voix contre 8.

 Depuis, il ne cesse de publier des articles dans la presse scientifique pour dire qu’il n’y a pas de lien entre ces médicaments et le risque de suicide. Dans les plus récents, il reconnait qu’il sert d’expert à Pfizer (fabricant du Zoloft) et Wyeth (fabricant de l’Effexor, un cousin des ISRS) dans le cadre de procès intentés par des victimes des effets suicidogènes de ces médicaments.

Manipuler les données

 Dans l’un des premiers articles en question, Early Evidence on the Effects of Regulators’ Suicidality Warnings on SSRI Prescriptions and Suicide in Children and Adolescents, paru dans The American Journal of Psychiatry en 2007, Gibbons et ses collègues prétendent que l’avertissement sur les risques de suicide a fait diminuer les prescriptions de ces produits, alors que les taux de suicide chez les jeunes augmentaient dans le même temps. Sa conclusion : en incitant les médecins à prescrire d’autres produits (concurrents), l’avertissement provoque indirectement plus de suicides (puisque ces produits sont moins bons).

 Or, les critiques dénoncent que Gibbons a comparé ce qui n’était pas comparable : il dit que les prescriptions d’ISRS ont diminué de 22% entre 2003 et 2005, tandis que les cas de suicide ont augmenté de 14% de 2003 à 2004. On constate tous le biais : le chercheur aurait dû prendre dans les deux cas la même période. Mais il ne l’a pas fait. Et pour cause : c’est sur la période 2004-2005 que les prescriptions ont diminué, période pour laquelle Gibbons n’avait pas les chiffres de suicide. Et lorsque ceux-ci ont été connus, on a découvert qu’ils avaient baissé en même temps que les prescriptions d’ISRS. Gibbons a donc manipulé les données pour présenter un résultat CONTRAIRE à la réalité. Comme le dit Whitaker, ce n’est pas le genre de gaffe qu’on commet accidentellement, mais une pure manipulation.

 Au Pays-Bas (l’étude portait sur les statistiques néerlandaises d’une part, américaines d’autre part), la communauté scientifique critique de même vertement Gibbons, dénonçant des conclusions fausses et trompeuses, et son inconséquence. Même l’un des chercheurs qui avait écrit l’article avec Gibbons, Ron Herings, reconnait l’erreur et charge son collègue. En revanche, les médias américains prennent les conclusions pour argent comptant. Interrogé par le Chicago Tribune, Gibbons appelle à retirer l’avertissement « Black Box ».

Derniers articles

 Les deux articles les plus réents ont été publiés en début d’année dans Archives of General Psychiatry. Gibbons y reprend les anciennes études portant sur le Prozac et l’Effexor, et passe les chiffres à la moulinette des outils statistiques qu’il a mis au point. Dans le premier, intitulé Suicidal Thoughts and Behavior With Antidepressant Treatment, il conclue qu’il n’y a pas de hausse du risque de suicide. Dans le second, il réaffirme que les deux produits sont efficaces pour traiter la dépression chez les jeunes patients. De nouveau, il éveille l’attention des media américains (là et là) qui lui accordent une tribune pour déclarer que l’avertissement été abusif.

 Le docteur David Healy, l’un des principaux lanceurs d’alertes sur les ISRS, qui avait notamment dénoncé le manque d’efficacité de ces produits dans une étude retentissante, critique sur son blog les biais et incohérence des nouveaux articles de Gibbons :

· La population sélectionnée pour les études ne se limitait pas aux seuls jeunes patients (pourtant ceux concernés par l’avertissement).

· Il prétend que la seule baisse du score de l’élément 3 (pensées suicidaires) sur l’échelle de dépression de Hamilton (baisse donc uniquement observée sur une population globale) justifie qu’on néglige tout autre effet, aussi fatal puisse-t’il être, sans en nommer aucun (alors qu’on pourrai citer les risques cardiaques par exemple).

· Il utilise un langage qui est très éloigné de celui des statisticiens.

· L’étude d’origine sur le Prozac avait déjà été lourdement critiquée pour l’utilisation de modèles statistiques inadéquats et faussés.

· Après une première période de traitement, les individus répondant au placébo ou développant des effets secondaires au traitement ont été écartés des statistiques, précédé qui permet de faire ressortir une plus grande efficacité tout en masquant la dangerosité.

De même, le bloggeur Mickey Nardo, ancien psychanalyste qui tire régulièrement à boulets rouges sur Gibbons, dénonce que celui-ci a sélectionné certaines études et délaissé d’autres, qu’il a commis de lourdes erreurs de calcul, qu’il use d’une méthodologie opaque, qu’il présente des résultats de façon partiale, trompeuse et biaisée.

 Enfin, Matthew Miller de l’école de santé publique de Harvard, a tenté de reproduire les résultats revendiqués par Gibbons, et arrive à la conclusion inverse, qui justifie le maintien de l’avertissement sur les risques de suicide.

 Toutes ces critiques ont été envoyées à Archives of General Psychiatry qui les a simplement publiés dans son courrier des lecteurs. En conséquence, lorsqu’un médecin fera une recherche bibliographique sur les ISRS et le risque de suicide, il trouvera les études bidons de Gibbons, mais rien sur les critiques qui ont été émises à leur sujet.

Conclusions

 Voila donc des années que le comportement ouvertement manipulateur de Gibbons est dénoncé par ses pairs. Pourtant, rien ne change.

 Gibbons a le soutien de la presse généraliste, qui ne comprend de toute façon rien aux sciences médicale, mathématique ou statistique, et se pique de temps en temps de sauter sur un sujet racoleur, en l’occurrence critiquer la FDA.

 Il a également le soutien passif d’une certaine presse scientifique, qui lui est acquise, et qui préfère étouffer les critiques d’une manière assez habile pour qu’elle ne semble pas les censurer, les publiant là où personne ne les lira.

 La manipulation scientifique et les ISRS ont de beaux jours devant eux.

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Friday, July 20, 2012

Robert Gibbons, docteur ès manipulation scientifique

Dans un post récent sur le blog Mad in America, le journaliste d’investigation Bob Whitaker dénonce les tentatives de manipulation du chercheur Robert Gibbons, qui n’hésite pas à nous faire prendre les vessies pour des lanternes afin de faire la promotion des produits vendus par les laboratoires qui le financent. Quoique le sujet n’a pas un grand intérêt en France, il illustre les méthodes lamentables des sbires de l’industrie pharmaceutique.

Qui est Bob Gibbons ?

Selon son CV, Robert Gibbons dirige le centre pour les statistiques scientifiques de l’université de Chicago. En recherche pharmaceutique, les statistiques scientifiques servent à éliminer l’anecdotique pour déterminer l’effet global et général du médicament. Par exemple, si on commence à prendre un traitement qui provoque comme effet secondaire de voir des wookies au réveil, mais qu’on est la seule patiente sur 100000 à confondre son mari avec une grosse bête poilue (encore que…) cela ne sera pas considéré comme un effet secondaire propre au médicament, mais un phénomène rare résultant d’une interaction entre le médicament et le patient.

 Revenons à notre gibbon. Il a d’abord travaillé à l’université de l’Illinois (basée à Chicago), avant de venir à l’université de Chicago (c’est un peu comme en France, avec les diverses universités parisienne) où son travail a été récompensé de divers prix. Ses recherches ont été régulièrement financées par le NIH, qui n’a pas vocation à enrichir les escrocs, même s’il en est souvent victime.

 En somme, quelqu’un de neutre et très compétent. A moins que…

Des conflits d’intérêts qui surgissent

 En 2004, la Food and Drug Administration (FDA) établit que les antidépresseurs appelés inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ou ISRS, tels que Paxil, Seroplex, Prozac…), provoquent des envies de suicide chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes (le patient a 2 fois plus envie de se suicider). L’agence oblige alors les fabricants à écrire dans un encadré noir (Black Box warning, indiquant une dangerosité maximale) sur l’étiquette et la boîte un avertissement du type « attention, ne pas prescrire à un enfant, même suicidaire, ça pourrait lui donner (encore plus) envie de se suicider ». Gibbons fait alors partie du panel d’experts de la FDA chargé de prendre cette décision… et s’y oppose. En vain, puisque l’avertissement est adopté par 15 voix contre 8.

 Depuis, il ne cesse de publier des articles dans la presse scientifique pour dire qu’il n’y a pas de lien entre ces médicaments et le risque de suicide. Dans les plus récents, il reconnait qu’il sert d’expert à Pfizer (fabricant du Zoloft) et Wyeth (fabricant de l’Effexor, un cousin des ISRS) dans le cadre de procès intentés par des victimes des effets suicidogènes de ces médicaments.

Manipuler les données

 Dans l’un des premiers articles en question, Early Evidence on the Effects of Regulators’ Suicidality Warnings on SSRI Prescriptions and Suicide in Children and Adolescents, paru dans The American Journal of Psychiatry en 2007, Gibbons et ses collègues prétendent que l’avertissement sur les risques de suicide a fait diminuer les prescriptions de ces produits, alors que les taux de suicide chez les jeunes augmentaient dans le même temps. Sa conclusion : en incitant les médecins à prescrire d’autres produits (concurrents), l’avertissement provoque indirectement plus de suicides (puisque ces produits sont moins bons).

 Or, les critiques dénoncent que Gibbons a comparé ce qui n’était pas comparable : il dit que les prescriptions d’ISRS ont diminué de 22% entre 2003 et 2005, tandis que les cas de suicide ont augmenté de 14% de 2003 à 2004. On constate tous le biais : le chercheur aurait dû prendre dans les deux cas la même période. Mais il ne l’a pas fait. Et pour cause : c’est sur la période 2004-2005 que les prescriptions ont diminué, période pour laquelle Gibbons n’avait pas les chiffres de suicide. Et lorsque ceux-ci ont été connus, on a découvert qu’ils avaient baissé en même temps que les prescriptions d’ISRS. Gibbons a donc manipulé les données pour présenter un résultat CONTRAIRE à la réalité. Comme le dit Whitaker, ce n’est pas le genre de gaffe qu’on commet accidentellement, mais une pure manipulation.

 Au Pays-Bas (l’étude portait sur les statistiques néerlandaises d’une part, américaines d’autre part), la communauté scientifique critique de même vertement Gibbons, dénonçant des conclusions fausses et trompeuses, et son inconséquence. Même l’un des chercheurs qui avait écrit l’article avec Gibbons, Ron Herings, reconnait l’erreur et charge son collègue. En revanche, les médias américains prennent les conclusions pour argent comptant. Interrogé par le Chicago Tribune, Gibbons appelle à retirer l’avertissement « Black Box ».

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 Les deux articles les plus réents ont été publiés en début d’année dans Archives of General Psychiatry. Gibbons y reprend les anciennes études portant sur le Prozac et l’Effexor, et passe les chiffres à la moulinette des outils statistiques qu’il a mis au point. Dans le premier, intitulé Suicidal Thoughts and Behavior With Antidepressant Treatment, il conclue qu’il n’y a pas de hausse du risque de suicide. Dans le second, il réaffirme que les deux produits sont efficaces pour traiter la dépression chez les jeunes patients. De nouveau, il éveille l’attention des media américains (là et là) qui lui accordent une tribune pour déclarer que l’avertissement été abusif.

 Le docteur David Healy, l’un des principaux lanceurs d’alertes sur les ISRS, qui avait notamment dénoncé le manque d’efficacité de ces produits dans une étude retentissante, critique sur son blog les biais et incohérence des nouveaux articles de Gibbons :

· La population sélectionnée pour les études ne se limitait pas aux seuls jeunes patients (pourtant ceux concernés par l’avertissement).

· Il prétend que la seule baisse du score de l’élément 3 (pensées suicidaires) sur l’échelle de dépression de Hamilton (baisse donc uniquement observée sur une population globale) justifie qu’on néglige tout autre effet, aussi fatal puisse-t’il être, sans en nommer aucun (alors qu’on pourrai citer les risques cardiaques par exemple).

· Il utilise un langage qui est très éloigné de celui des statisticiens.

· L’étude d’origine sur le Prozac avait déjà été lourdement critiquée pour l’utilisation de modèles statistiques inadéquats et faussés.

· Après une première période de traitement, les individus répondant au placébo ou développant des effets secondaires au traitement ont été écartés des statistiques, précédé qui permet de faire ressortir une plus grande efficacité tout en masquant la dangerosité.

De même, le bloggeur Mickey Nardo, ancien psychanalyste qui tire régulièrement à boulets rouges sur Gibbons, dénonce que celui-ci a sélectionné certaines études et délaissé d’autres, qu’il a commis de lourdes erreurs de calcul, qu’il use d’une méthodologie opaque, qu’il présente des résultats de façon partiale, trompeuse et biaisée.

 Enfin, Matthew Miller de l’école de santé publique de Harvard, a tenté de reproduire les résultats revendiqués par Gibbons, et arrive à la conclusion inverse, qui justifie le maintien de l’avertissement sur les risques de suicide.

 Toutes ces critiques ont été envoyées à Archives of General Psychiatry qui les a simplement publiés dans son courrier des lecteurs. En conséquence, lorsqu’un médecin fera une recherche bibliographique sur les ISRS et le risque de suicide, il trouvera les études bidons de Gibbons, mais rien sur les critiques qui ont été émises à leur sujet.

Conclusions

 Voila donc des années que le comportement ouvertement manipulateur de Gibbons est dénoncé par ses pairs. Pourtant, rien ne change.

 Gibbons a le soutien de la presse généraliste, qui ne comprend de toute façon rien aux sciences médicale, mathématique ou statistique, et se pique de temps en temps de sauter sur un sujet racoleur, en l’occurrence critiquer la FDA.

 Il a également le soutien passif d’une certaine presse scientifique, qui lui est acquise, et qui préfère étouffer les critiques d’une manière assez habile pour qu’elle ne semble pas les censurer, les publiant là où personne ne les lira.

 La manipulation scientifique et les ISRS ont de beaux jours devant eux.

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